Le convoyage, un réservoir de valeur à exploiter

Longtemps limité à une simple fonction de transfert entre deux machines et peu intégré dans les stratégies d’optimisation des performances, le convoyage évolue aujourd’hui vers un rôle central dans la création de valeur au sein des processus industriels. Cette transformation s’appuie à la fois sur l’essor des équipements connectés et sur l’arrivée d’emballages écoconçus sur les lignes de production.
© Katharina Kammermann / Unsplash
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Vincent Crochemore, directeur d’ITP Convoyeurs, et Cyril Touchet, directeur des ventes de FEMAAG, partagent leurs analyses sur les nouvelles perspectives offertes par la manutention continue dans l’industrie agroalimentaire.

« Désormais, un convoyeur ne se limite plus à relier deux équipements », souligne Vincent Crochemore. « La phase de transport peut être exploitée pour intégrer des fonctions à forte valeur ajoutée, comme le comptage, le référencement, l’éjection ou encore la gestion du FIFO. Les possibilités sont vastes, et tous les industriels n’en mesurent pas encore pleinement le potentiel. Le convoyage peut également contribuer à améliorer le TRS des lignes, notamment grâce à des solutions d’accumulation avancées. »

Cyril Touchet ajoute : « Les évolutions en matière d’emballages ont un impact direct sur les modes de transfert et de manipulation des produits en entrée de machine. Les technologies standards ne sont plus toujours adaptées aux nouveaux besoins. La réduction des frottements, voire la suppression du contact, devient essentielle pour préserver l’intégrité des emballages et limiter les arrêts, que ce soit pour des contenants plastiques allégés ou en verre. »

Dans ce contexte, les experts de la manutention continue doivent relever des défis multiples : réduire les micro-arrêts, gérer des zones de stockage tampon ou encore redonner de la capacité à des lignes saturées, le tout à cadence élevée et dans des espaces contraints. Sur la question de l’accumulation, les approches diffèrent.

Vincent Crochemore observe que « la demande pour des zones d’accumulation est en forte croissance, tout comme les solutions associées. L’accumulation n’est qu’un levier parmi d’autres pour optimiser les performances ; son intérêt dépend de l’analyse globale des équipements, des flux et de l’environnement. Elle peut également être adaptée aux emballages fragiles, en ajustant les volumes et les masses afin de limiter les pressions. Pour des stocks tampon réduits et des produits à forte valeur, des tables d’accumulation dynamique sans contact peuvent être privilégiées. En fin de ligne, avant un palettiseur, la rétention peut aussi être assurée grâce à des tapis à galets. »

Pour Cyril Touchet, « le convoyage unifilaire reste la solution la plus efficace pour éviter les contacts entre produits. Bien qu’il ait été délaissé en raison de contraintes d’encombrement, il peut aujourd’hui être réintroduit sur des lignes à haute cadence grâce à des solutions compactes. Par ailleurs, la réduction des arrêts passe avant tout par une optimisation de l’entrée des machines, souvent point critique où surviennent les blocages. Les solutions actuelles restent limitées, mais certaines alternatives permettent de s’interfacer avec les machines de conditionnement et de réduire le recours aux zones d’accumulation. »

Enfin, les deux experts s’accordent sur un point essentiel : il est indispensable d’identifier précisément l’origine des dysfonctionnements et de prendre en compte les spécificités de chaque ligne pour dimensionner les solutions de manière pertinente. Ils insistent également sur le rôle clé de la communication entre les systèmes de manutention et les machines, condition nécessaire pour assurer une gestion fluide et synchronisée des flux.

lundi 27 avril 2026